Hors Programme - Rites de passage 🐛

Numéro #55

Bonjour Ă  tous,

Cet Ă©tĂ©, j’aimerais vous parler d’apprentissage dans la nature et en communautĂ©. Pourquoi parler de cela aujourd’hui ? Parce que c’est prĂ©cisĂ©ment de nature et de lien social que nos enfants ont manquĂ© jusqu’à l’étĂ©.

À quoi peut bien ressembler une Ă©cole en pleine nature, oĂč tous les membres adultes - qu’ils soient ou non Ă©ducateurs ou enseignants - contribuent Ă  faire grandir les enfants ?  

Il y a deux ans environ, suite au visionnage du documentaire « L’autre connexion Â», j’avais enquĂȘtĂ© sur les Ă©coles dans la forĂȘt qui placent la communautĂ© au coeur de leur projet pĂ©dagogique, en s’inspirant des traditions et rites indigĂšnes. Ce qui m’intĂ©ressait alors Ă©tait de comprendre ce qui Ă©tait transmis aux enfants, comment et pourquoi.

Je partagerai avec vous le long article que j’avais rĂ©digĂ©, et qui n’a pas trouvĂ© sa place dans le livre. Mais avant cela, j’aimerai en guise d’introduction partager avec vous une expĂ©rience que j’ai vĂ©cue fin juillet, qui s’inscrit dans la droite ligne de « l’autre connexion Â» . Il s’agissait d’un stage en famille, organisĂ© dans le PĂ©rigord noir. 

Au programme : vivre ensemble, dormir dehors, se rassembler autour du feu pour cuisiner, chanter et raconter des histoires, jouer, explorer les richesses de la forĂȘt, aller Ă  la rencontre du vivant. Vaste programme me direz-vous. Suffisamment large et flou pour rĂ©server quelques surprises, qui ne manquĂšrent pas !

Ce qui m’a surpris 😼

Ce qui d’abord interpelle lorsqu’on arrive dans une telle communautĂ©, c’est la participation aux regroupements et Ă  la plupart des activitĂ©s du groupe. On s’appelle par des cris de loups d’un bout Ă  l’autre du bois, on forme des clans, on chante en coeur
 C’est le jeu. Si les enfants sont enchantĂ©s, les adultes prennent du temps Ă  s’y faire. Cela implique de se laisser aller, sans se prendre au sĂ©rieux, ni se poser de questions. Bref, compliquĂ© pour moi !

Une fois les rĂšgles du village formulĂ©es ensemble, une communautĂ© spontanĂ©e se met peu Ă  peu en place, composĂ©e pour la plupart de personnes qui ne se connaissent pas, qui ne partagent pas nĂ©cessairement le mĂȘme background, mais qui pour autant sont bienveillantes les unes envers les autres.

RĂ©sultat : un climat de confiance et d’écoute qui favorise les Ă©changes et les rencontres. Si Ă  ce climat on ajoute les chants, les rires des enfants qui autour s’agitent, alors on se surprend, a posteriori, Ă  se dire qu’on a touchĂ© Ă  une forme d’harmonie.

En regardant les parents autour de moi le dernier jour, j’ai compris que ce sentiment avait Ă©tĂ© partagĂ©. Les pleurs d’émotion ne trompent guĂšre. Rarement il nous est donnĂ© de ressentir cela de façon collective. Parce que la sociĂ©tĂ© ne nous y a tout simplement pas habituĂ©. Ce qui interpelle, c’est que nous ayons oubliĂ© cela, et que nous ne puissions le vivre que sous la forme d’une parenthĂšse.

Ce qui m’a Ă©mu 😌

Avant ce stage, j’avais des rites de passage une comprĂ©hension superficielle. Certes je m’étais penchĂ© sur le sujet lors de l’écriture de l’enfant dans la nature, et j’avais vu quelle place ils avaient dans l’école de Ingrid Bauer et Jean-Claude Catry. Mais les vivre est entiĂšrement diffĂ©rent.

Lors de cette semaine passĂ©e dans les bois, j’ai vĂ©cu deux rites, plus un troisiĂšme, que je pense pouvoir restituer, sans pour autant en avoir Ă©tĂ© tĂ©moin.

Le premier consiste Ă  laisser partir nos enfants aĂźnĂ©s pour dormir Ă  la belle Ă©toile, en petit groupe. Il marque le passage Ă  une forme d’autonomie, mais Ă©galement la confrontation avec une nature dans laquelle les enfants vont peu Ă  peu s’immerger. 

Ce qui touche dans ce rite en tant que parents, c’est l’avant et l’aprĂšs. Quand l’ensemble de la communautĂ© chante autour du feu, raconte des histoires, prĂ©pare le groupe au dĂ©part. Que les enfants s’enfoncent dans la pĂ©nombre, et se retournent une derniĂšre fois pour faire au revoir de la main. C’est, tĂŽt le lendemain matin, lorsque les parents attendent les enfants autour du feu. Impatients de lire quelque chose (un changement, une Ă©motion) sur les visages. 

Ce qui touche, c’est que ces passages soient individuels et dans le mĂȘme temps vĂ©cus de façon collective. Le soutien, l’accompagnement est total. Il donne Ă  la fois l’élan et le recul, le sens et l’émotion.

L’autre rite dont je voulais parler, sans pour autant avoir pu y participer, est un cercle de femmes, pour accueillir les jeunes filles susceptibles d’avoir leurs premiĂšres rĂšgles dans les mois ou annĂ©es suivantes. Dans ce cercle, des mĂšres partagent des histoires et des tĂ©moignages avec ces jeunes filles, la parole se libĂšre sur un sujet pourtant Ă©minemment intime. Je n’ai vu de ce cercle que les mines embuĂ©es de la plupart des mĂšres Ă  la fin. À travers cet exemple, je comprends comment une communautĂ© peut apprendre un enfant Ă  vivre, Ă  traverser les Ăąges et les Ă©tats de son corps, en bĂ©nĂ©ficiant de la sagesse collective. 

Je pourrais revenir sur plusieurs moments, qu’il me reste encore Ă  digĂ©rer. Ce que pour l’heure je retiens, c’est que rien ne me prĂ©disposait Ă  participer Ă  une telle expĂ©rience. Pour ĂȘtre franc, je suis un ours ! C’est prĂ©cisĂ©ment pour cela qu’il fallait la tenter. Pour comprendre - comme les autres parents prĂ©sents - comment Ă  travers nos enfants, nous pouvons encore grandir.

Pour aller plus loin, cette vidéo de France Culture sur la disparition des rites de passage, et sur leur utilité.

À la semaine prochaine, avec l’article dont je vous parlais en prĂ©ambule.

Bon week-end Ă  tous,

Matthieu

PS : Moina Fauchier-Delavigne publie fin août son nouveau livre, co-écrit avec CrystÚle Ferjou : Emmenez les enfants dehors ! Un livre à ne pas manquer pour découvrir les bienfaits de la classe dehors.