Hors Programme - Journal d'Octobre 🖋

Numéro 58

Bonjour Ă  tous,

Ce mois-ci je partage avec vous quelques rĂ©flexions personnelles, plutĂŽt que de m’arrĂȘter sur une actualitĂ©.

🗝 S’échapper

Entendue ce mois-ci cette citation de Mauriac m’a permis de mettre des mots sur un sentiment que je ressentais depuis quelques temps :

“En politique le spectacle est permanent, sauf qu’on ne peut pas sortir de la salle”.

Si seulement cela n’était que la politique. Tout conspire Ă  nous affliger davantage ces temps-ci, quelque soit la direction dans laquelle on regarde, le spectacle est triste, et rĂ©serve chaque jour son lot de surprises. Difficile d’y Ă©chapper, d’autant plus qu’il captive Ă©trangement.

Évidemment la premiĂ©re solution qui s’impose est de prendre du recul : d’abord par l’analyse, ensuite par une consommation savemment dosĂ©e du spectacle. J’y reviens longuement dans Comment prĂ©parer nos enfants Ă  demain. Le Clemi en France et Common Sense Media aux Etats-Unis font un gros travail. Et le succĂšs de DĂ©rriĂ©re nos Ă©crans de fumĂ© permet au grand public de rĂ©aliser Ă  quel point, pour le numĂ©rique comme pour le reste, c’est le dose qui fait le poison (il y a deux ans, je relayais dĂ©jĂ  les initiatives du Center For Humane Technology).

Mais la question la plus importante pour moi en ce moment est ailleurs : comment s’extraire Ă©motionnellement de ce spectacle, et pour le dire franchement comment y Ă©chapper, en allant se ressourcer ailleurs, ou autrement ? Deux pistes, inspirĂ©es de lectures ou d’écoutes rĂ©centes.

“RĂȘvons un peu. On pourrait imaginer dans nos sociĂ©tĂ©s occidentales urbaines, comme Ă  PokoĂŻniki ou Ă  Zavarotnoe, des petits groupes de gens dĂ©sireux de fuir la marche du siĂšcle.(
) Ils s’inventeraient une nouvelle vie. Ce mouvement s’apparenterait aux expĂ©riences hippies mais se nourrirait de motifs diffĂ©rents. Les hippies fuyaient un ordre qui les oppressait. Les nĂ©o-forestiers fuiront un dĂ©sordre qui le dĂ©moralise. Les bois, eux, sont prĂȘts Ă  accueillir les hommes; ils ont l’habitude des Ă©ternels retours”. Sylvain Tesson, Dans les forĂȘts de SibĂ©rie

Je ne retiens ici pas tant l’élan utopiste (quoique ces utopies prennent de plus en plus la forme de communautĂ©s organisĂ©es qui sont bien rĂ©elles), que la profonde antithĂšse entre cette sociĂ©tĂ© “dont le dĂ©sordre dĂ©moralise” et ce milieu naturel dont l’harmonie enchante.

DeuxiĂšme piste. J’ai Ă©tĂ© presque Ă©mu en Ă©coutant cette Ă©mission dans laquelle plusieurs personnes reviennent sur leur pratique assidue du Yoga. Je me suis remĂ©morĂ© pourquoi j’étais venu au Yoga, mes premiĂ©res expĂ©riences. On retrouve dans cette sĂ©rie d’émissions consacrĂ©es au Yoga toutes les raisons qui me le font aimer. Tout Ă  la fois baume au corps et Ă  l’ñme, il est une maniĂšre de d’évacuer le monde tel qu’on le connaĂźt et de repenser notre relation Ă  nous et Ă  lui.

Plus ce spectacle sera ressenti comme oppressant et minant, plus nous exprimerons le besoin de donner à nos enfants des outils non seulement pour le considérer avec recul, mais aussi et surtout pour nous en abstraire ou mieux le redéfinir.

✉ Relier

Ce mois-ci, c’était mon anniversaire. Comme je cherche Ă  ĂȘtre un papa exemplaire et que j’ai dĂ©cidĂ© depuis 1 an de ne plus acheter d’objet pour l’anniversaire de mes enfants (oui je suis dĂ»r ;-), je me suis appliquĂ© la mĂȘme rĂ©gle.

Mieux, j’ai poussĂ© le vice jusqu’à me faire offrir le parrainage de deux enfants en AmĂ©rique du sud. DorĂ©navant, j’envisage de faire du don un cadeau systĂ©matique. ManiĂšre de montrer que donner est une autre maniĂšre de s’enrichir. Peut-ĂȘtre est-ce une idĂ©e un peu sophistiquĂ©e pour les enfants, mais Ă  force ils comprendront peut-ĂȘtre.

Je ne suis pas convaincu que mes garçons, trop jeunes, se lancent dans une correspondance. Les Ă©changes sont par email et en anglais. Je vais y travailler, mais j’avoue prĂ©fĂ©rer le support papier. Je suis un peu vieille Ă©cole pour les correspondances.

Il me semble, au-delĂ  de cet exemple, que dans ces temps de distanciation, oĂč le spectacle du monde nous bouscule chaque jour, les correspondances paraissent plus que jamais utiles. Elles offrent le peu d’introspection que l’on s’autorise ces temps-ci. Cela vaut pour nous et pour les adolescents. Je pense y revenir mĂȘme-moi. Quant aux enfants, Ă  partir d’un certain Ăąge, ils peuvent voir dans les correspondances l’occasion de rĂ©flĂ©chir et d’écrire. L’écriture elle aussi est une maniĂšre de prendre du recul et de s’abstraire du temps, tout en prenant un plaisir simple et immĂ©diat.

Bon dimanche Ă  tous, et bon courage pour ce nouveau confinement, qui je l’espĂšre ne sera pas pour vous l’épreuve que fut le premier.

Matthieu