Hors Programme - Génération Web3 🏴‍☠️

Numéro 62

Bonjour à tous,

Il y a un mois environ je vous parlais d’argent, mais pas n’importe lequel. De monnaies digitales, disponibles sous une multitude de noms (de Bitcoin à Dogecoin), interdites dans certains pays et néanmoins disponibles partout. Ces monnaies protéiformes annoncent une tendance bien plus large - le web 3.0 - sur laquelle je voudrais revenir aujourd’hui, en identifiant les implications qu’elle a en termes de compétences pour nos enfants.

Une décentralisation croissante, où les makers font florès. 💥

La première caractéristique du Web 3.0 c’est la décentralisation : un grand nombre des actions aujourd’hui possibles via des services centralisés, sont ou seront demain disponibles sans passer par ces services. C’est vrai pour l’hébergement et la vente de contenus, pour la production et la vente d’oeuvres d’art (en dehors des galeries) ou encore le prêt et l’emprunt d’argent (exit les banques ?).

Dans un tel contexte, on comprend que seules les personnes conscientes de ce changement de paradigme tireront leur épingle du jeu, en étant pleinement acteurs de leur vie, sans attendre l’autorisation ou l’aide de quiconque :

  • un artiste créera ses propres oeuvres et les commercialisera directement, en tirant automatiquement profit de leur vente et de leur revente jusqu’à la fin de ses jours ;

  • un écrivain pourra vendre ses productions dans le monde entier, sans même passer par un éditeur, ni imprimer ses textes, ou songer à leur distribution

  • une personne sans emploi, traversant une phase difficile mais bénéficiant d’un peu d’épargne, pourra emprunter de l’argent sans dilapider ses biens - mieux elle pourra investir dans des outils productifs qui lui permettront de relancer une activité.

  • un ex-analyste financier peut déjà se former à la finance décentralisée, placer quelques milliers d’euros pour un an plus tard constituer et opérer son propre fond d’investissement (ou témoigner devant le Congrès américain pour expliquer comment il a fait perdre plusieurs milliards à un hedge fund, comme on l’a vu récemment avec Gamestop - c’est lui, juste en dessous)

L’avenir appartient aux makers, autrement dit à des personnes qui fabriquent et créent non seulement des objets ou des biens, mais aussi qui montent des organisations, des dispositifs qui leurs permettent d’être autonomes et de mener à bien leurs activités. Des personnes qui se mettent en position d’être leur propre galerie, leur propre maison d’édition, leur propre banque, etc. Cette tendance, dont on observe depuis quelques années les prémisses, va considérablement s’amplifier.

Un nouveau type d’organisation, qui requiert une collaboration accrue 🔗

L’un des avantages d’Ethereum est d’avoir conçu et popularisé le concept de DAO : Decentralized autonomous organisation. Que nous dit wikipédia sur ce terme ?

”Une Organisation Autonome Décentralisée une est organisation fonctionnant grâce à un ensemble de smart contracts qui établissent et fournissent des règles de gouvernance à une organisation. Ces règles sont transparentes et immuables car inscrites dans un réseau blockchain, une technologie de stockage et de transmission d’informations, transparente, sécurisée, et fonctionnant sans organe central de contrôle”

Ces DAO aujourd’hui se multiplient, à la faveur du développement exponentiel de projets basés sur la blockchain. Il est inutile de comprendre quoique ce soit à ces sujets pour saisir la portée politique de ces organisations, qui sont parfaitement organisées, tout en étant totalement ouvertes. N’importe qui demain, peut créer son DAO, ou s’inviter dans une organisation existante, faire des propositions et - si elles disposent des droits suffisants - voter.

Ces DAO sont pour moi autant de bacs à sable pour nos enfants, qui d’ici quelques années auront l’occasion de rejoindre (ou de créer) des organisations participatives et de contribuer à leur développement. Il me semble que les compétences de collaboration seront requises pour penser et développer de telles organisations, qui sont ni plus ni moins que des outils (plus ou moins libertaires) de démocratie directe (clin d’oeil à la Commune de Paris à l’occasion de son anniversaire au passage).

Le sacre des misfits 👩‍🎤👨🏽‍🎤

C’est précisément parce que le web 3 est à la fois décentralisé et permet d’autres formes d’organisation, que n’importe qui peut créer des organisations alternatives, qui ne respectent pas nécessairement les règles posées par les organisations en place, qu’elles soient politiques ou financières.

Le “misfit”, que je traduis par “désaxé”, est dans ce cadre tout sauf un individu reclus, hors-système. Il crée son propre système. C’est vrai pour Jack Ma, ce grand Misfit dont je parle dans mon livre. C’est également vrai pour Vitalik Buterin, le fondateur d’Ethereum et la myriade de jeunes talents qui marchent dans ses pas. Ce n’est pas un hasard si Vitalik Buterin, comme Gates ou Jobs, n’a pas terminé l’université. Encore et toujours les désaxés ont un avantage : parce qu’ils pensent autrement et désormais manient des outils qui informeront en partie le monde de demain.

Ces réflexions me permettent de revenir sur les compétences rebelles déjà abordées dans Préparons nos enfants à demain. Je constate, en observant ces tendances, qu’elles sont plus précieuses encore que je ne le pensais.

Bon dimanche à tous,

Matthieu

Curieux d’aller plus loin ? 🤓

Je suis conscient de passer un peu vite sur ces sujets, voici quelques liens.